QUESTION DU MOIS

Trouver ma voie en musicothérapie

Jean-Philippe Rondeau

 

La formation que j’ai effectuée au sein de l’Ambx (Atelier de Musicothérapie de Bordeaux). a constitué pour moi un long cheminement intense, riche et varié (expériences, rencontres, questionnements et réflexions sur moi-même, tant au niveau personnel que professionnel.

Tout au long du cursus de formation, j’ai été sans cesse à me demander comment je pourrais me construire une identité professionnelle en lien avec la musicothérapie. J’ai souvent été dans le doute, perdu parfois mais aussi rassuré par mes propres potentialités.

Depuis la fin de la formation, je crois avoir avancé mais je ne suis pas encore arrivé au bout du chemin. Je pense que ce n’est qu’un début pour moi, que m’engager dans la musicothérapie est un engagement pour la vie.

Enfin, je souhaite exposer, par le biais de cet écrit, mon début d’expérience professionnelle dans la musicothérapie depuis le mois de septembre 2022 au sein de la structure dans laquelle j’exerce en tant qu’éducateur.

 

Cette formation m’a permis d’ouvrir mes propres canaux de communication ; notamment certains que je ne soupçonnais pas. Ainsi, j’ai pu mieux appréhender le concept du non-verbal. J’ai pu me recentrer sur moi-même, et ne pas chercher à vouloir tout contrôler, sûrement par peur de l’inconnu. Je pense avoir saisi l’importance d’être soi-même, dans une authenticité face à l’autre et de ne pas jouer un rôle mais de me placer en tant qu’être qui vit tout simplement. Je pense ici beaucoup à la didactique, qui a été une semaine si riche et si intense.

J’apprécie les silences, alors qu’auparavant ils me gênaient. D’ailleurs, je ne voyais pas quelle place ils auraient pu prendre en musicothérapie. Je sens que maintenant, ces silences peuvent avoir du sens ; ils permettent de se recentrer et de saisir l’instant, avant de passer à autre chose.

D’autres éléments me traversent l’esprit, lorsque je repense à cette formation. Ainsi, je retiens qu’il est très tentant de vouloir toujours tout interpréter. Ne serait-ce pas un moyen de se rassurer soi-même si nous avons une réponse à un comportement, une attitude ? Alors qu’il n’y a pas forcément de réponse à apporter ; d’ailleurs, y en a-t-il une ? Je pense que l’observation est plus importante et nous aide à avancer pas à pas avec l’autre. C’est grâce à celle-ci que nous pourrons être amené à réfléchir et commencer à comprendre ce qui se passe pour la personne tout en s’orientant vers les professionnels dédiés.

En ce sens, la vision en pluridisciplinarité a son intérêt car elle permet à chaque professionnel de jouer son rôle. Et n’oublions pas que la musicothérapie est une mise en acte ; la mise en parole se fait ailleurs.

 

Une autre chose me paraît primordiale, c’est l’écoute et c’est pour moi un aspect à ne pas négliger en musicothérapie. Il est important d’être à l’écoute de l’autre, de ses ressentis, de ses besoins, de son rapport à la musique et de son environnement. Il me paraît important de laisser prendre le temps, de laisser émerger quelque chose chez l’autre. C’est une notion pour moi essentielle qui a pris du sens me concernant durant cette formation. Il me semble depuis être plus à l’écoute, notamment dans le cadre de mon travail, même si du fait de mon métier d’éducateur, c’est déjà un aspect prépondérant de mes missions auprès du public que j’accompagne au quotidien.

 

Un autre paramètre me paraît important à développer dans cet écrit ; c’est la voix. Comment parler de musicothérapie si on n’y associe pas la voix ? Elle est notre identité propre, du premier cri de la naissance jusqu’à notre dernier soupir. Elle nous permet d’exister et de nous faire reconnaître face aux autres. Elle est importante à juste titre car elle permet de favoriser l’expression et d’aider à la mise en mouvement. Je savais qu’elle avait un rôle à jouer en musicothérapie mais pas autant que je l’aurais pensé. La formation m’a ouvert une voie, ma voix en fait, que je n’avais peut-être pas vraiment prise en compte dans sa globalité. Qu’est-ce que ma voix dit de moi ? Comment est-elle perçue par les autres ? Qu’est-ce que je transmets aux autres par ma voix ?

J’ai senti durant la formation comme une révélation sur ma voix, que je pouvais la faire résonner plus en profondeur, de façon plus spontanée et que j’étais plus à l’écoute de mes propres ressentis. Elle me semble maintenant plus en lien avec mon corps. Et je prends conscience dorénavant qu’elle est importante dans la mise en place de séances en musicothérapie. Mais je sais aussi qu’il faut la travailler et en prendre soin.

 

Il y a bien sûr d’autres composantes de la formation qui m’ont beaucoup aidé et apporté, tant sur un plan personnel que professionnel. Tout d’abord, la lecture de livres en lien avec la musicothérapie, qui étaient à notre disposition durant la formation. Ensuite, la découverte de musiques totalement différentes les unes des autres est à mon sens intéressante car il permet d’élargir mon panel en termes de connaissance musicale et de m’ouvrir à toute sorte d’expérimentation musicale. Je pense qu’il est important, en tant que musicothérapeute, d’être curieux et ouvert à toute cette richesse musicale, afin de s’en servir à l’avenir pour le déroulement de séances en musicothérapie, ou bien pour sa propre culture musicale.

Je compte bien entendu encore me documenter et découvrir de nouvelles musiques pour mon propre enrichissement personnel et professionnel. J’en reviens encore à l’écoute, propos que j’ai développé en amont ; pour moi l’écoute musicale est tout aussi importante que l’écoute de l’autre car elle nous permet de prendre le temps, de visualiser, de se concentrer et d’être disponible. Enfin, l’écoute musicale nous permet de développer notre créativité, notre imagination. Je pense que cela m’a beaucoup apporté durant la formation.

 

Je retiens aussi les différents exercices auxquels j’ai participé, notamment dans le cadre des applications, qui sont pour moi très intéressants et que j’ai déjà pu mettre en pratique dans mon établissement. Ils font en effet appel à toutes sortes d’objectifs que l’on peut travailler dans le cadre de séances en application de la musicothérapie. Par exemple, on peut travailler la mémoire, l’attention, l’expression, l’écoute, la créativité… Evidemment, cette liste n’est pas exhaustive.

J’ai commencé à mettre en place des séances de musicothérapie depuis le mois de septembre 2022. En amont, j’ai rédigé et présenté un projet, à la Direction de mon établissement, qui a été validé. Je travaille en effet déjà depuis 15 ans dans une structure qui accueille des jeunes présentant une déficience intellectuelle avec ou sans troubles associés. Celle-ci est un établissement médico-social, un DAME (Dispositif d’accompagnement Médico-Educatif), anciennement connu sous le nom d’IME (Institut Médico-Educatif).

J’ai donc constitué un groupe de 6 jeunes âgés de 16 à 18 ans, en accord avec l’équipe pluridisciplinaire du DAME et les besoins de ces jeunes. Ce groupe est composé de jeunes ayant accès au langage verbal mais avec pour la plupart de nombreuses difficultés de communication. Cependant, l’ensemble de ces jeunes ont déjà un intérêt porté vers la musique. J’ai également l’avantage de très bien les connaître puisque je les accompagne au quotidien sur la structure. Mais cela peut aussi être un inconvénient.

Ces séances en groupe ont lieu une fois par semaine dans les locaux de l’établissement pour une durée d’environ 1 heure et elles se déroulent toujours au même endroit (une grande salle afin d’avoir de l’espace pour la mise en mouvement). Afin de mener à bien mon projet, j’ai donc demandé l’achat de plusieurs instruments (environ 20 instruments de percussion) dont l’utilisation ne nécessite pas d’apprentissages techniques.

J’ai privilégié l’achat d’instruments de bonne qualité, et qui illustrent une complémentarité dans les timbres (couleur sonore) et les fréquences (des graves aux aigus), de manière à pouvoir disposer d’un ensemble orchestral équilibré. Ces instruments permettent également le repérage de trois familles de timbre : bois, métal et peau. Afin de faciliter le choix lors des séances, le nombre d’instruments que je présente au groupe excède le nombre de participants.

J’ai également prévu une enceinte bluetooth pour diffuser de la musique et j’ai expérimenté différents outils que j’ai créés pour le déroulement de ces séances (en me servant d’exercices que nous avons testés en formation). Je me sers également beaucoup de ma voix, qui est pour moi l’élément primordial à la tenue de ces séances.

À chaque fin de séance, j’établis un bilan individuel et collectif afin de rendre compte de l’évolution de chaque jeune et du groupe, en fonction des objectifs définis, ce qui me permet d’élaborer et de réajuster par la suite le contenu des prochaines séances. Dans cette perspective, chaque séance peut donner lieu à un échange d’observations avec les différents membres de l’équipe pluridisciplinaire. C’est cependant un point sur lequel il faudra encore travailler au sein de mon établissement car je n’ai pas vraiment encore eu l’occasion d’échanger avec les différents professionnels sur ces séances.

 

Les principaux objectifs que je travaille durant les séances sont les suivants :

- Travailler l’écoute et l’attention

- Travailler sur les émotions par le biais de l’expression vocale, gestuelle et instrumentale

- Permettre la mise en mouvement, l’occupation de l’espace

- Travailler la respiration, la détente

- Avoir conscience de soi, faire des choix

- Favoriser la créativité, l’imagination, l’improvisation et la mémorisation

- Permettre l’échange et la relation aux autres

Enfin, j’espère également mettre en place prochainement des séances de manière individuelle ou en binôme pour des jeunes qui ne pourraient pas s’inscrire dans un groupe. L’utilisation d’une salle plus petite serait plus appropriée. Lors de la présentation de mon projet à ma Direction, j’avais au préalable demandé une salle uniquement dédiée à la musicothérapie, et qui me servirait aussi pour ranger mon matériel. Récemment, j’ai pu obtenir cette salle et j’espère commencer prochainement à plus l’investir.

 

Si je devais faire un premier bilan des séances que j’ai proposées pour le groupe de jeunes au sein de mon établissement, je dirais que cela me conforte dans l’intérêt de la musicothérapie dans une structure telle que la mienne. En effet, je constate que les jeunes viennent en séance avec plaisir. Je crois que c’est déjà important à souligner et je compte évidemment poursuivre dans cette voie au sein de mon établissement.

Mon prochain objectif serait aussi de pouvoir proposer des séances à l’ensemble des jeunes de la structure. Ce n’est, j’espère, qu’une étape parmi d’autres dans mon engagement en musicothérapie.

Je tiens à remercier l’ensemble des formateurs de l’Ambx, qui par leur présence et leurs valeurs humaines, m’ont fortement aidé à m’engager dans la voie de la musicothérapie.